Partager l'article ! Heine, histoire de la religion et de la philosophie en Allemagne: J'ai vu que MBK citait cet ouvrage que je ne connaissais pas dans son Inesthét ...
LES APPORTS DE MEHDI BELHAJ KACEM

J'ai vu que MBK citait cet ouvrage que je ne connaissais pas dans son Inesthétique et mimésis; il est effectivement très plaisant et j'expose ici quelques passages que j'ai trouvé particulièrement intéréssants:
"Dieu est identique au monde. Il se manifeste dans les plantes, qui mènent leur existence cosmico-magnétique sans aucune conscience. Il se manifeste dans les animaux, qui dans leur sensuelle vie de rêve ont un sentiment d'existence plus ou moins opaque. Mais c'est en l'homme qu'il se manifeste de la façon la plus magnifique, en l'homme qui pense et sent à la fois, qui sait se distinguer lui-même individuellement de la nature objective, et porte déjà en sa raison les idées qui se font connaître à lui dans le monde phénoménal. En l'homme, la divinité accède à la conscience de soi, et cette conscience de soi se manifeste à son tour à travers l'homme. Toutefois, ceci ne se produit pas dans et par l'homme en tant qu'individu, mais dans et par la totalité des hommes : de telle sorte que chaque homme n'appréhende et n'expose qu'une partie du Dieu-Univers, mais que , tous ensemble, les gommes appréhenderont et exposeront, dans l'idée et de la réalité, le Dieu-Univers tout entier. Chaque peuple a peut-être pour mission de connaître et de faire connaître une partie déterminée de ce Dieu-Univers, de concevoir une série de phénomènes et de faire parvenir à la manifestation phénomènale une série d'idées, puis de transmettre le résultat aux peuples suivants, auxquels échoit à son tour une mission similaire. C'est pourquoi Dieu est le héros véritable de l'histoire universelle, celle-ci est sa pensée permanente, son action parmanente, sa parole, son acte; et l'on peut dire à juste titre de l'humanité tout entière qu'elle est une incarnation de Dieu!
C'est une option érronnée de penser que cette religion, le panthéisme, mène les hommes à l'indifférentisme. Tout au contraire, la conscience de sa propre divinité enthousiasmera l'homme à un tel point qu'il voudra faire connaître celle-ci, et c'est seulement à partir de là que les véritables exploits du véritable héroïsme chanteront la gloire sur cette terre. La révolution politique qui s'appuie sur les principes du matérialisme français ne trouvera pas en la personne des panthéistes des adversaires, mais au contraire des soutiens; simplement ce sont des soutiens qui ont puisé leurs convictions à une source plus profonde, dans une synthèse religieuse. Nous voulons promouvoir le bien-être de la matière, le bonheur matériel des peuples; non parce que, comme les matérialistes, nous méprisons l'esprit, mais parce que nous savons que la divinité de l'homme se fait connaître aussi dans sa manifestation corporelle, et que la misère détruit ou avilit le corps, c'est à dire l'image de Dieu, et entraîne ainsi l'esprit lui-même vers la ruine. La grande maxime de la Révolution prononcée par Saint-Just : le pain est le droit du peuple, se dit chez nous : le pain est le droit divin de l'homme. Nous ne nous battons pas pour les droits de l'homme du peuple, mais pour les droits divins de l'homme. En cela, et en bien d'autres choses encore, nous nous distinguons des hommes de la Révolution. Nous ne voulons pas être des sans-culotte, des citoyens frugaux, ou des président au rabais : nous fonderons une démocratie de Dieux égaux en magnificence, en sainteté et en béatitude. Vous voulez des costumes simples, des moeurs abstinentes et des jouissances sans piquant; nous exigeons au contraire le nectar et l'ambroisie, les manteaux de pourpre, les senteurs précieuses, le faste et la volupté, des balles de nymphes rieuses, et de la musique et des comédies. N'en soyez pas pour autant courroucés, vértueux républicains que vous êtes! A vos remontrances de censeurs nous répondrons ce qu'un fou de la cour dit quelque part chez Shakespeare : crois-tu donc que parce que tu as de la vertu, il faudrait qu'il n'y aut plus sur cette terre de gateaux succulents ou de champagne doux?" (p.116-118)
(par manque de temps je suis obligé de sélectionner seulement les passages qui m'interessent plus particulièrement...)
"Il n'y a pas chez Schelling, comme chez Kant ou Fichte, une oeuvre maîtresse qui pourrait être considérée comme le centre de sa philosophie. Ce serait une injustice que de vouloir juger Monsieur Schelling en fonction de l'ampleur d'un livre et de la rigueur de la lettre. Il faut au contraire lire ses livres dans l'ordre chronologique; y suivre le développement progressif de sa pensée, et s'en tenir alors à son idée fondamentale. Il me semble même nécessaire que l'on distingue assez souvent chez lui quand cesse la pensée et quand commence la poésie. Car Monsieur Schelling faut partie de ces êtres à qui la nature a donné plus d'inclination pour la poésie que de puissance poétique, et qui, incapapables de satisfaire les filles du Parnasse, ont fui dans les forêts profondes de la philosophie où ils ont convolé en les plus stériles des noces avec les Hamadryades abstraites. Leur sentiment est poétique, mais l'outir, la parole, est faible. Ils se démènent en vain pour conquérir une forme artistique dans laquelle ils pourraient communiquer leurs pensées et leurs connaissances. La poésie est à la fois la force et la faiblesse de monsieur Schelling. C'est par elle qu'il se distingue de Fichte, tant à son avantage qu'à son désavantage. Fichte n'est que philosophie, et son pouvoir consiste en dialectique et sa force en démonstration. Or, c'est là le point faible de Monsieur Schelling, qui plus dans les contemplation et l'intuition; il ne se sent pas chez lui dans les froides hauteurs de la logique, il aime à divaguer dans les vallées fleuries du symbolisme, et sa force philosophique consiste à construire, c'est-à-dire consiste en une faculté intellectuelle qu'on rencontre aussi souvent chez les poètes médiocres que chez les meilleurs philosophes.
Ce que je suggère ici permet de comprendre que dans la partie de sa philosophie qui n'est qu'idéalisme transcendental, Monsieur Schelling 'nest resté et ne pouvait rester qu'un psalmodieur de la parole de Fichte, mais que dans la philosophie de la nature, où il avait à besogner parmi les fleurs et les étoiles, il n pouvait que fleurir et rayonner magnifiquement. C'est pourquoi aussi c'est cette direction qui a été prise de préférence, non seulement par lui, mais tous les amis de même inspiration, et et le tumulte, qui se fit jour alors n'était en quelque sorte qu'un réaction poétaillonique à l'abstraite philosophie de l'esprit qui avait cours avant eux. Tels des potachez libérés après avoir dû passer toute la journée à gémir dans les salles étriquées sous la charge accablante des voyelles et des chiffres, les élèves de Monsieur Schelling se sont précipités dans la nature, dans le réel ensoleillé et plein d'odeurs, en criant leur joie à tue-tête, en faisant des galipettes et tout un joyeux tapage. (p.193-194)
"Monsieur Schelling ne pouvait plus loin que Spinoza sur le chemin de la philosophie, étant donné que l'Absolu n'est concevable que sous la forme de ces deux atributs, la pensée et l'étendue. Mais Monsieur Schelling abanadonne maintenant la voie philosophique pour tenter de parvenir à la contemplation de l'absolu par une espère d'intuition mystique, il tente de le contempler en son centre, en son essentialité, là où il n'est ni quelque chose d'idéel, ni quelque chose de réel, ni pensée, ni étendue, ni sujet, ni objet, ni esprit, ni matière, mais au contraire...qu'est ce que j'en sais!
Ici s'arrête la philosophie chez Monsieur Schelling et commence la poésie, je veux dire, la folie." (p.197)
"Hélas, il a réstauré des choses qui font qu'on peut le comparer en mauvaise part avec la Restauration française. Mais alors, l'opinion publique ne l'a plus toléré longtemps, il a été méchamment jeté à bas du trône de la pensée, Hegel, son major domus lui a ôté la couronne de la tête, l'a tondu, et, depuis, Schelling épouvanté vit dans une misérable existence de moinillon à Munich (...) Je l'ai aperçu dans cette même cité, errant d'un pas vacillant avec ses grands yeux pâles et son visage abattu et comme éteint, lamentable image de la splendeur déchue." (p.202)
Heine, histoire de la religion et de la philosophie en Allemagne, ed. Imprimerie nationale
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